Hôpital St Jean de Dieu

Boko ( Parakou)

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Stages au Bénin
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Autres renseignements

Maître de stage

Dr J.P. HOUNYET
(ESP3DS UCL 1996)

Rapports de stage

Site internet de l'hopital

Boko
Extraits d'un rapport de stage effectué en 2000
 

DESCRIPTION

Boko se trouve à 13 km au Nord de Parakou, chef-lieu du Borgou, à environ 6 heures de route (500km) de Cotonou vers le Nord. Fondé en 1966, l'hôpital Saint Jean de Dieu était au départ un dispensaire. Petit à petit, les infrastructures ont grandi et la prise en charge est devenue de plus en plus large. Bien sûr, tout cela n'aurait pu se mettre en place sans l'appui de projets européens, américains ainsi que de l'église catholique. Actuellement, l'hôpital s'autofinance pour environ 95% de son budget. Le reste provient d'aides extérieures. Jusqu'en 1996, l'hôpital était dirigé par un belge (Franck De Paepe). Actuellement, la direction est assurée par Jean-Pierre Hounyet (un des deux médecins béninois et notre maître de stage). Il nous prouve de manière très convaincante que la gestion efficace n'est pas qu'une affaire de "Blancs". L'esprit dans lequel les gens travaillent à Boko est original par rapport à ce que l'on rencontre dans la majorité des autres hôpitaux du Bénin. Il faut savoir que l'empathie et la proximité du personnel vis-à-vis des malades n'est pas monnaie courante dans le monde médical béninois. Pour la plupart des professionnels de la santé, être médecin ou infirmier représente avant tout un statut social et non la concrétisation d'un idéal altruiste. Le but est d'être reconnu et de gagner beaucoup d'argent. A Boko, l'état d'esprit est, comme je le disais, tout différent. On sent une réelle volonté de se mettre au service de la communauté. On y exerce plusieurs types d'activités:

  • l'hospitalisation des pathologies médicales, pédiatriques, chirurgicales ou gynéco-obstétricales
  • les consultations de routine
  • la chirurgie : cures de hernies, césariennes, chirurgie digestive et gynécologique, petite chirurgie
  • la maternité
  • les consultations spécialisées en ophtalmologie (présence sur place d'un ophtalmologue anglais) et en stomatologie ( missions de dentistes italiens plusieurs fois par an)
  • quelques activités de prévention (vaccination, éducation à la santé)

Le personnel est composé de 2 médecins généralistes (Jean-Pierre Hounyet et Anatole Akoyi), de 8 infirmier(e)s, d'une dizaine d'aides-soignants et d'environ autant de personnes chargées des tâches logistiques (aides de salle, agents d'entretien, chauffeur). Les infirmier(e)s sont formé(e)s sur place. Les aides-soignants suivent une formation théorique et peuvent devenir infirmiers après plusieurs années de pratique. Ils sont capables de gérer la majorité des pathologies courantes qui se présentent à l'hôpital. Ils voient tous les malades qui viennent en consultation ou en urgence et ils ne réfèrent au médecin que les cas les plus complexes. Le paiement des soins est forfaitaire; c'est à dire que les gens paient un montant global fixe pour une consultation, une hospitalisation ou une intervention chirurgicale. Cette somme forfaitaire comprend les examens complémentaires de base et les médicaments. Il s'agit d'un système qui facilite la vie aux malades qui ne doivent pas payer chaque fois pour recevoir la moindre injection, le moindre médicament. Les tarifs pratiqués sont aussi calculés au plus juste pour permettre à l'hôpital de fonctionner tout en restant accessible au plus grand nombre de personnes. Les médicaments utilisés sont des génériques et coûtent donc moins cher, ce qui favorise une fois de plus leur accessibilité pour les patients.J'ai été très étonnée de la quantité de médicaments disponibles. Il s'agit d'une sélection de médicaments et de matériel médical essentiels. On est forcément bien loin de l'exhaustivité de nos compendiums belges mais ces médicaments essentiels permettent de s'en sortir dans la plupart des situations.

Le matériel (seringues, trousses à perfusion, gants, sondes) est le plus souvent stérile et de bonne qualité. Par contre les examens complémentaires disponibles sont assez limités. On peut obtenir une radio (de qualité très variable) et quelques examens de laboratoire : hémoglobine, goutte épaisse, examen direct d'urines, de selles ou d'expectorations, glucosurie, glycémie, tests de grossesse, de l'hépatite B et du SIDA .En résumé, l'hôpital de Boko est une structure hospitalière qui fonctionne plutôt bien malgré des moyens limités. La preuve en est que certaines personnes font plusieurs centaines de kilomètres (et passent devant bon nombre d'autres hôpitaux) pour s'y faire soigner.


LES PATHOLOGIES RENCONTREES

Les pathologies les plus fréquemment rencontrées sont les infections (paludisme et autres parasitoses, méningite, rougeole, fièvre typhoïde, diarrhées, pneumonie, MST, maladies cutanées), l'hypertension artérielle, l'insuffisance cardiaque, les hernies et des tumeurs de tous types. Ce qui est particulièrement frappant, c'est le degré d'expression de toutes ces maladies. Etant donné les faibles moyens dont disposent les gens, ils attendent souvent que la situation soit extrêmement sérieuse avant de se rendre à l'hôpital.

Le SIDA n'a pas encore atteint au Bénin les proportions catastrophiques que l'on retrouve dans d'autres pays africains. La prévalence est actuellement d'environ 4/1000 et croît bien sûr plus vite qu'on ne le voudrait. Les cas se concentrent encore dans les villes (et donc à Parakou aussi) mais on commence petit à petit à observer des malades jusque dans les villages.

On rencontre aussi bon nombre de pathologies traumatiques (fractures, plaies, luxations,...) et obstétricales (infections, éclampsie, fausses couches, dystocies).

Il m'a fallu quelques semaines pour me familiariser aux maladies propres à cette zone de l'Afrique et à leur traitement.


L'EMPLOI DU TEMPS

Tous les matins, il y a des interventions chirurgicales programmées. Pendant ce temps, l'autre médecin réalise le tour de salle (la " visite ") de tous les malades hospitalisés. Il y a environ 80 lits répartis en 5 salles.

Durant les après-midis, ce sont surtout les consultations qui nous occupent.

A toutes ces activités, se greffent bien entendu les urgences et les actes techniques à réaliser.

En tant que stagiaires, nous sommes de garde une semaine sur deux, en général en même temps que Jean-Pierre, notre maître de stage. La lourdeur des gardes est pour nous fort dépendante de ce que l'on veut y faire. Au minimum, on accompagne le médecin (ou on le remplace) lorsque l'infirmier de garde nous appelle, mais on a bien entendu la possibilité de faire beaucoup plus que cela, il suffit de le proposer. Ce n'est pas le travail qui manque ! Pour les gardes aussi, les infirmier(e)s ont l'habitude de gérer seul(e)s les situations courantes.


L'APPRENTISSAGE

Mes activités au sein de l'hôpital étaient multiples et ont évolué au fil du temps. La démarche des deux médecins par rapport au stagiaire est extrêmement constructive. Ils n'hésitent jamais à montrer, à expliquer et à nous mener vers une autonomie croissante.

Au niveau du bloc opératoire, par exemple, j'ai commencé par observer les différentes interventions et à donner des coups de main pour l'anesthésie. Lors des césariennes, je m'occupais de la réanimation et de la prise en charge du nouveau-né. J'ai parfois assisté l'un des deux médecins en seconde main mais Jean-Pierre m'a plutôt poussée à apprendre à opérer seule pour pouvoir, à terme, les aider réellement dans ce domaine.

Il a commencé par me laisser faire les gestes les plus simples en première main à ses côtés ; il réalisait lui-même les actes les plus complexes en me les expliquant.

Après environ 4-5 semaines, j'ai commencé à opérer les hernies inguinales les plus simples avec l'aide de l'infirmière-chef qui est très expérimentée.

Au total, durant mon stage, j'ai réalisé une quinzaine de cures de hernies. De la même manière, j'ai eu l'occasion de faire deux césariennes.

Naturellement, chaque stagiaire est libre d'accepter ou de refuser d'opérer en première main. Le plus important étant de respecter la personne que l'on doit traiter en ne le faisant que si on se sent capable de le faire correctement.

En ce qui concerne le suivi des patients hospitalisés et les consultations, l'évolution s'est aussi faite vers l'acquisition d'une autonomie croissante. Après quelques semaines, j'ai été amenée à faire de temps en temps le tour de salle ou certaines consultations seule. J'avais bien sûr toujours la possibilité de consulter un médecin à propos des cas qui me posaient des difficultés.

La majorité des consultations, nous les réalisions ensemble avec Anatole, le deuxième médecin. C'est avec lui que je travaillais le plus souvent car Jean-Pierre est fort occupé par des tâches administratives.

J'ai aussi eu l'occasion de suivre des femmes en travail, de participer à l'un ou l'autre accouchement et de prendre part aux prises de décision, de recourir ou non à une césarienne.

La possibilité m'a aussi été offerte de réaliser toute une série d'actes techniques (ponctions lombaires, pleurales et abdominales, incisions d'abcès, sutures, poses de plâtres, injections IV,...).

J'ai passé une matinée auprès de l'ophtalmologue anglais pour me faire une idée des pathologies rencontrées dans ce domaine. Cela n'a malheureusement pas été aussi instructif que je l'espérais car ce spécialiste semblait peu désireux de partager son savoir. Dommage !

Tous les mardis matins, les infirmiers et médecins se réunissent pour un petit staff au cours duquel quelqu'un fait un rappel de quelques notions pratiques et théoriques concernant un sujet donné. Les médecins attendent beaucoup de notre participation à ces réunions pour apporter des connaissances et des idées nouvelles.

Dans le cadre d'activités entreprises par les médecins en dehors de l'hôpital, j'ai eu l'occasion de participer à plusieurs réunions de l'association SEDEKON. Il s'agit d'un groupe de soutien aux personnes atteintes du Sida. C'était extrêmement intéressant de voir les objectifs qu'ils poursuivent dans ce domaine, la manière dont ils y parviennent et les difficultés qu'ils rencontrent. J'ai été frappée par leur philosophie, empreinte d'un respect pour la personne malade. C'est quelque chose que l'on ne rencontre même pas toujours chez nous et qui est encore plus rare en Afrique. Le projet a de nombreuses répercussions sur la manière dont les malades du Sida sont pris en charge au sein de l'hôpital. Les notions de prévention, de consentement éclairé, d'accompagnement psychologique, spirituel et financier ne leur sont vraiment pas étrangères. J'ai beaucoup appris tant dans ce domaine que en ce qui concerne la clinique de la maladie.


"MES IMPRESSIONS"

Comme vous avez pu le lire plus haut, ce stage a eu d'innombrables raisons de m'enthousiasmer.

Le travail

Ce qui m'a particulièrement plu, c'est la confiance accordée par les médecins en me donnant un certain nombre de responsabilités et d'autonomie. De plus, j'ai toujours rencontré une attitude très positive par rapport à la démarche d'enseignement, le tout dans un contexte de discussions ouvertes et constructives.

Dans bien des domaines, j'ai beaucoup appris..... mais j'ai aussi assez souvent ressenti l'envie d'avoir un encadrement plus solide au niveau théorique et un peu plus rigoureux. On tombe parfois dans des modes de réflexion stéréotypés où une plainte est reliée à un traitement symptomatique. Bien sûr, le manque de moyens diagnostiques et thérapeutiques y est pour quelque chose. De plus, la charge de travail et la grande diversité des pathologies rencontrées ne permettent pas aux médecins de s'apesantir sur des considérations très théoriques.

Mon attitude a été de me positionner entre l'adaptation à leur manière de travailler (tout en gardant un regard critique) et l'adoption d'une manière de faire différente, plus en accord avec ce que j'avais appris en Belgique. Avec du recul, je crois que j'aurais pu travailler de mon côté plus rigoureusement, tout en respectant leurs habitudes. J'aurais pu aussi potasser beaucoup plus d'ouvrages de référence pour apprendre par moi-même....

Vivre en brousse

J'ai vécu à Boko une expérience inoubliable, extrêmement riche mais qui comportait aussi quelques difficultés. J'avoue qu'à certains moments, j'ai bien cru que je n'y arriverais pas.

Une des grandes difficultés pour moi a été de vivre la solitude. Bien sûr, on n'est jamais vraiment isolé, les marques de sympathie et les possibilités de nouer contact sont nombreuses. Cependant, ce qui me manquait, c'est une personne avec qui partager mes expériences quotidiennes, mon enthousiasme, mes révoltes. Par contre, le fait d'être seule m'a poussée à m'ouvrir plus aux gens que je rencontrais.Ce qui m'a beaucoup aidé, c'est de m'être intégrée dans la famille de Jean-Pierre, de passer beaucoup de temps avec sa femme, Rosaline, et leurs 4 enfants ainsi que de partager chaque jour avec eux un repas famillial. J'ai découvert une nouvelle dimension aux notions de " famille " et d'" hospitalité ".

De plus, vivre en brousse est différent de vivre à la ville où les occasions de sortir et de voir du monde ne manquent pas. A Boko, on vit durant plusieurs mois dans un univers assez restreint mais cela n'empêche pas de passer d'excellents moments en toute simplicité. Nous formions aussi un très chouette groupe avec les autres stagiaires de 3ème doc présents dans la région. Je communiquais facilement par courrier avec Caroline qui était à Nikki et nous nous retrouvions un WE sur deux à Parakou, avec Philippe de Papane, pour échanger nos expériences et passer du bon temps.

Vivre au Bénin m'a appris qu'il y avait moyen de voir la vie avec beaucoup moins de stress et de complications que chez nous tout en restant efficace dans son travail. En 4 mois, on a le temps de passer le stade de l'adaptation et d'apporter une aide concrète à l'hôpital. On peut apprendre à bien connaître les gens qui nous entourent et établir des relations de qualité. Cependant, une certaine lassitude peut s'installer si on ne prend pas garde à se fixer fréquemment de nouveaux objectifs.

Je ne conseillerais cette expérience de 4 mois qu'à des gens qui aiment vivre un peu seul, qui apprécient la chirurgie et que cela ne dérange pas de se débrouiller pour cuisiner, faire la lessive,.... Ce stage m'aura permis d'avoir un premier aperçu de l'Afrique, de sa culture, de ses croyances et de la manière dont on y pratique la médecine. Cela m'a vraiment donné envie d'y retourner et de connaître un peu mieux la manière dont je voudrais m'inscrire dans un projet de développement.


CONSEILS PRATIQUES

A Boko, le stagiaire dispose d'une petite maison à côté de l'hôpital. Elle a été récemment rénovée et est assez bien équipée (frigo à pétrole, machine à laver à main, terrasse, grand lit,....)

Voici quelques petits conseils en vrac :

  • Il y a pas mal de bouquins de médecine sur place (Merckx, Harrison, Gentilini pour ce qui est des grands classiques) mais il y a une petite lacune au niveau des références de pédiatrie (uniquement un vieux Nelson des années 60). Donc, si vous en avez l'occasion, munissez-vous d'un ouvrage simple, pratique et relativement complet (genre "Check-list").
  • Prendre de quoi écouter de la musique autrement qu'avec des écouteurs et en se passant de l'électricité (à piles donc !) ainsi qu'une série de bons bouquins pour occuper les soirées
  • Prendre une bonne lampe de poche fonctionnant avec n'importe quel type de piles sauf les piles plates
  • Emporter un K-way ou un petit parapluie pour les " petites " draches de mai à juillet
  • Par contre, ne vous encombrez pas de grosses bottines, de pulls et de sac de couchage, il fait beaucoup trop chaud !
  • N'oubliez par vos baskets car tout le monde joue au volley tous les mercredis en fin de journée. C'est une sacrée partie de rigolade que je n'aurais manqué pour rien au monde !
  • Prendre une paire de draps pour un lit de deux personnes
  • Si vous avez un hamac c'est l'occasion d'en profiter
  • Si vous avez l'occasion de trouver des petits cadeaux pour offrir au personnel de l'hôpital avant de partir, ça leur fait le plus grand plaisir (sans tomber dans les excès, bien sûr, pensez aux stagiaires suivants)
  • Il est inutile de prendre des gants, un tensiomètre ou un otoscope. Ce qui est sur place est de très bonne qualité et en quantité suffisante. Par contre, il est indispensable d'emporter son stétho. Je vous conseille de vous faire faire un tablier à manches courtes en coton léger chez le couturier du CNHU à votre arrivée à Cotonou
  • N'oubliez pas un bon répulsif anti-moustique ; par contre, achetez votre moustiquaire sur place (dans n'importe quelle pharmacie) cela vous coutera 5 fois moins cher !
  • Vous pouvez trouver de délicieux yaourts au "monastère de l'étoile" à quelques kilomètres de l'hôpital

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