SYMPTOMATOLOGIE
sommaire

Les nombreux cas de " microfilarémie asymptomatique " rencontrés dans cette affection posent les mêmes problèmes immunologiques et épidémiologiques que ceux observés au cours des filarioses lymphatiques.

Néanmoins, après une phase d'incubation, muette, supérieure à trois mois, quatre symptômes classiques peuvent survenir dans la loase. De plus, trois types de complications dont le mécanisme reste controversé, apparaissent parfois au cours de l'évolution de la maladie.


Manifestations cliniques de la loase

Symptômes classiques

Prurit. Le prurit des bras et du thorax, de la face, des épaules, amène souvent le malade à consulter et reste un élément d'orientation.

Passage du ver adulte sous la conjonctive. Il est relativement fréquent ; photophobie, injection conjonctivale, larmoiement, sensation de corps étranger et œdème périorbitaire traduisent la migration sous la conjonctive de la filaire adulte. L'incident est bénin. Le ver peut passer sous la conjonctive palpébrale ou bulbaire ou sous la peau des paupières ; il peut également changer d'œil, en cheminant sous la peau à la racine du nez.


Passage d'une filaire Loa loa sous la conjonctive

La traversée rétroconjonctivale est brève, quelques minutes, rarement davantage ; il est alors facile d'extraire la filaire.


Filaire Loa loa migrant sous la conjonctive (Congo)

Reptation du ver adulte sous la peau. Elle se traduit par un fourmillement désagréable ou un prurit localisé. Le ver apparaît sous forme d'un cordon palpable, mobile, se déplaçant d'un centimètre environ par minute et il peut se calcifier au niveau des parties molles.

Lors du traitement par la diéthylcarbamazine, cet incident est fréquent, les vers adultes remontant à la surface de la peau sous l'effet de la drogue.


Filaire loa loa adulte visible à jour dans un
creux axilaire épilé

Œdème de Calabar. Sa physiopathologie reste obscure. L'œdème de Calabar (localité du Nigeria en zone biafraise) est fugace et migrateur ; il dure quelques heures à quelques jours, s'accompagne d'une sensation de tension et siège aux membres supérieurs, à la face ou au thorax.

Complications discutées

Complications neurologiques. Des observations d'hémiplégie, de méningite, d'encéphalite, ont été rapportées. Au cours d'une maladie dont la longévité dépasse parfois 15 ans, de nombreuses affections intercurrentes peuvent survenir et l'erreur trop souvent commise est de les attribuer à la parasitose. Toutefois, l'encéphalite déclenchée ou aggravée par un traitement intempestif par la diéthylcarbamazine, lorsque la microfilarémie est intense, est un fait confirmé. La lyse brutale des microfilaires etraîne des accidents allergiques et des complications neurologiques parfois dramatiques qui, même lorsqu'elles sont transitoires, peuvent laisser des séquelles (dysarthrie).

Très différent est le problème d'un syndrome méningé chez un filarien Loa. Plusieurs causes d'erreur sont à éviter avant d'établir une relation de cause à effet entre les deux affections : la ponction lombaire peut avoir traumatisé un vaisseau sanguin et les microfilaires décelées dans le LCR, provenir du sang. D'autre part, l'altération de la barrière méningée par une agression non parasitaire peut favoriser le passage des embryons dans le LCR ; cela se voit notamment au cours des méningites tuberculeuses des Africains filariens. Enfin, la présence de microfilaires dans le LCR n'entraîne pas forcément des manifestations cliniques. Aussi doit-on rester prudent avant d'envisager le diagnostic de méningo-encéphalite ou de méningite filarienne.

Complications cardiaques. L'endocardite pariétale fibroplastique éosinophilique de Lœffler est une affection moins rare en Afrique qu'en Europe. Elle réalise le tableau d'une insuffisance cardiaque globale, surtout droite, d'apparence primitive, avec éosinophilie sanguine élevée. Sa formule hémodynamique rappelle celle d'une constriction péricardique. A l'autopsie, on constate une endocardite pariétale fibreuse dense, respectant souvent les valves, une fibrose myocardique, une ou plusieurs thromboses murales intracardiaques ; des lésions d'endartérite et d'endartériolite oblitérante disséminées dans différents viscères sont fréquemment associées à des formations périartérielles proches de celle de la périartérite noueuse.

Différentes étiologies (carentielle, bactérienne, virale ou parasitaire) ont pu être évoquées devant ce tableau et la réaction immune à des antigènes filariens constitue, dans ce contexte, une hypothèse attirante. Il est néanmoins difficile d'en apporter la preuve car la fibrose endocardique est une complication survenant tardivement. Les microfilaires peuvent être absentes du sang périphérique et, dans ce cas, le résultat des tests immunologiques est un élément d'orientation important.

Complications rénales. Des néphropathies ont été décrites dans la loase. Il est souvent difficile d'affirmer que celle-ci est seule en cause dans leur genèse ; néanmoins, l'apparition de la protéinurie après plusieurs années d'infestation parasitaire, le grand nombre de microfilaires observées dans les glomérules et les capillaires du tissu interstitiel, l'élévation transitoire de la protéinurie au début du traitement spécifique, l'amélioration parfois constatée après traitement, plaident en faveur de cette relation. Les lésions, révélées par la biopsie rénale, ne sont pas spécifiques : il s'agit d'une infiltration analogue à celle de n'importe quelle néphrite interstitielle et d'altérations des parois capillaires glomérulaires, qui se rencontrent également dans d'autres néphropathies ; des dépôts extramembraneux ont été vus en microscopie électronique.

La pathogénie est discutée : traumatique, due au passage des microfilaires en dehors des capillaires ; mécanique, due à l'obstruction des capillaires glomérulaires par les microfilaires ; ou surtout immunitaire, provoquée par l'antigénicité des matériaux libérés par la lyse des microfilaires.

La mise en évidence par immunofluorescence d'antigènes filariens complexés ou non à des anticorps, dans les dépôts extramembraneux, est un argument en faveur de cette dernière hypothèse.

Le traitement des complications rénales est délicat. Si l'on considère que la filariose est la cause de la néphropathie, il est logique de la traiter. Mais, si l'on admet un mécanisme immunitaire, on peut craindre une aggravation de l'atteinte rénale.


Coupe de deux microfilaires Loa loa
dans un glumérule rénal (coloration trichrome)