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6. LESIONS CAUSEES DANS L'ORGANISME
DE L'HOMME PAR E. histolytica
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6.1 AMIBIASE INTESTINALE (DYSENTERIE AMIBIENNE)
Localisation
La lésion siège dans le côlon, entre le cæcum
et l'anus.
Pathogénèse
L'ulcération est le résultat de la destruction de cellules par
l'action des amibes et surtout par l'inflammation responsable dune accumulation
de lymphocytes et de polynucléaires. Certaines de ces cellules, tuées
par lamibe, déversent le contenu de leurs lysosomes dans les tissus.
La large poche de tissu nécrosé de la sous-muqueuse communique
avec la lumière intestinale par un étroit orifice en cheminée
qui traverse la muqueuse et se termine par une surélévation en
cratère. Cet ulcère, qui est plutôt un abcès fistuleux,
continue de s'étendre latéralement dans la sous-muqueuse (ulcère
"en bouton de chemise").
Au cours de cette évolution, les trophozoïtes hématophages
prolifèrent au contact des tissus sains et leur activité tend
à agrandir la lésion. Les violentes contractions péristaltiques
de l'intestin irrité les déversent dans la lumière intestinale
en même temps que le sang extravasé et les cellules nécrosées.
Ils pourront causer des lésions plus bas et seront retrouvés dans
les selles.
La progression se fait en nappe dans la sous-muqueuse, avec passage à
la chronicité ou en profondeur, pouvant aboutir à la perforation
(amibiase fulminante).
Après cicatrisation, lorsque les abcès, vidés de leur contenu,
se sont comblés progressivement de tissu fibreux, des déformations
ou rétrécissements plus ou moins étendus peuvent persister.
Le développement, parfois tumoral, de tissus granulomateux (éosinophiles,
lymphocytes, quelques fibroblastes, tissus nécrosés et trophozoïtes)
se rencontre surtout au niveau du cæcum (amoebome).
6.2 LOCALISATIONS EXTRA-INTESTINALES
Il faut bien admettre que lamibiase extra-intestinale trouve son origine
dans le côlon. Cependant, les essaimages surviennent généralement
en l'absence de toute pathologie intestinale visible.Ils se font
- par extension de lésions dorganes voisins: au départ du
rectum, vers les organes uro-génitaux ou vers la peau au pourtour de
l'anus; au départ du foie, vers le poumon (base droite, à travers
le diaphragme), vers la plèvre, vers la peau;
- par voie sanguine (au départ du côlon) au foie (par la circulation
porte), au poumon (par le cur droit et la petite circulation), au cerveau,
à la rate, aux reins (par le cur gauche et la grande circulation).
Amibiase hépatique (abcès amibien du foie)
La lésion typique est un abcès, la nécrose cellulaire formant
une poche renfermant une collection purulente. Le plus fréquemment, l'abcès
est unique. Au moment du diagnostic, la taille est très variable, d'une
tête d'épingle à une tête d'enfant, envahissant parfois
la totalité du lobe intéressé, le plus souvent du volume
d'une orange.
A l'intérieur de la "membrane" pyogénique se trouve
le pus de teinte jaune ou brunâtre (pus chocolat), constitué de
cellules hépatiques nécrosées, de débris amorphes,
de globules rouges, de leucocytes, de globules graisseux, de cristaux d'hématoïdine.
C'est la présence d'hémoglobine en voie de décomposition
qui donne au pus sa couleur jaune puis brune. Le pus ne contient pratiquement
pas damibes, celles-ci se trouvant en périphérie dans la
zone active de labcès.
Les microbes sont le plus souvent absents; lorsqu'on en trouve, il s'agit en
général d'un abcès en communication avec le côlon
transverse. C'est donc l'amibe qui semble seule responsable, avec les cellules
inflammatoires, de la destruction cellulaire.
Amibiase pulmonaire
Cest un abcès évoluant comme un abcès du foie; le
foyer nécrotique, sec au début, suppure ensuite et se surinfecte
de germes microbiens venus de lextérieur par les bronches.
L'abcès ouvert dans une bronche peut se vider lors d'un accès
de toux et provoquer une vomique de crachats brunâtres.
Amibiase encéphalique
Dans la méningo-encéphalite amibienne métastatique, les
amibes arrivées par voie sanguine produisent un abcès généralement
unique qui provoque dès son début, une réaction méningée
localisée. Une leucocytose légère peut être observée
dans le liquide céphalo-rachidien.
6.3 EFFET DES DEFENSES IMMUNITAIRES DE L'HOTE
L'immunité cellulaire (cytotoxicité des lymphocytes T activés)
jouerait, nous lavons dit (paragraphe 5.2),
un rôle important dans la limitation à l'intestin de l'invasion
amibienne: chez des animaux intacts, les amibes se cantonnent dans l'intestin
tandis que chez des animaux traités par un sérum anti-lymphocytaire
(ou des animaux immunodéficients), l'invasion du foie est constante.
De plus, les polynucléaires neutrophiles et les macrophages (monocytes)
activés détruisent les trophozoïtes.
Les anticorps sériques sont présents dans tous les cas d'amibiase
invasive. Le titre d'lgG est élevé tandis que celui des IgA subit
peu de changements dans le sérum. Les IgA sont toutefois sécrétées
au niveau de la muqueuse intestinale (plaques de Peyer) où elles jouent
un rôle protecteur important. Les IgM et les IgG sériques sont
notablement plus élevées dans les cas d'invasion extra-intestinale.
Le contact des antigènes de surface avec d'éventuels anticorps
de l'hôte provoque l'apparition d'immuncomplexes à la surface de
l'amibe qui inhibent sa capacité de phagocyter. Ces complexes de surface
sont toutefois rapidement rejetés par le parasite, le protégeant
ainsi contre l'agression immunitaire de l'hôte.
Il faut toutefois mentionner que l'immunodépression du SIDA ne semble
pas augmenter la fréquence des localisations extra-intestinales de l'amibe.
Quant à la diarrhée fréquemment observée chez les
patients immunodéprimés, elle est très rarement due à
E. histolytica.