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5. DEVELOPPEMENT DU
POUVOIR PATHOGENE
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Il s'agit du passage de la forme minuta à la forme pathogène. Ces facteurs sont multiples et leur importance relative est encore sujette à discussion.
5.1. FAITS D'OBSERVATION
La prévalence du parasitisme
E. histolytica est présent dans les différentes parties
du monde: la recherche des kystes à 4 noyaux dans les selles des individus
montre que le parasite est cosmopolite (voir paragraphe
10.2).
Amibiase intestinale
On sait que l'incidence annuelle de la dysenterie amibienne est beaucoup plus
élevée dans les pays tropicaux que dans les pays tempérés.
La maladie est fréquente en Afrique, Amériques Centrale et du
Sud, Asie tropicale et Océanie, elle est rare en Amérique du Nord,
Europe, Asie du Nord.
Amibiase hépatique
Parmi les processus pathologiques causés par l'amibe, la fréquence
relative des localisations tissulaires extra-intestinales (abcès du foie)
est nettement plus élevée en Extrème Orient qu'en Afrique.
Il se pourrait donc que les propriétés pathogènes des souches
de E. histolytica soient différentes d'une région à
l'autre à cause de variations de la virulence.
5.2 FACTEURS LIES A L'HOTE
Facteurs liés à l'état de l'intestin
L'amibiase expérimentale
Elle peut être réalisée chez le chaton (inoculation d'amibes
par voie intrarectale) et chez le jeune rat albinos (inoculation intracæcale).
On a pu ainsi mettre en évidence certains facteurs favorisant l'apparition
du pouvoir pathogène (réceptivité de l'hôte): prolifération
des formes minuta, nature de la flore intestinale associée, ajout
dextraits bactériens à la suspension d'amibes, substances
irritantes (huile de croton), lésions préexistantes de la muqueuse
colique
L'élimination préalable du contenu intestinal chez des rongeurs
a permis l'invasion amibienne expérimentale, tandis que les intestins
avec un transit normal ne le permettaient pas. Il semble que la couche de mucus
recouvrant les cellules épithéliales suffise à protéger
celles-ci du contact avec les amibes.
Chez l'homme
Il semblerait que certains facteurs prédisposent à linvasion.
Le régime alimentaire: une alimentation déséquilibrée
et tout ce qui peut avoir une action irritante sur la paroi intestinale favorise
la pénétration des amibes et la prolifération des formes
minuta dans un bol fécal anormalement hydraté.
La flore intestinale: certaines bactéries (groupe coli-typhique) s'associent
au pouvoir pathogène de l'amibe; il en serait de même de certains
virus.
Les plaies et excoriations au niveau du colon et du rectum, les lavements irritants,
les colites d'origine non infectieuse facilitent la pénétration
des amibes.
Facteurs liés à l'état général du sujet
Un état général altéré favorise l'invasion
amibienne: affections intercurrentes (malaria, viroses, entérites etc.),
surmenage, promiscuité (camps de travailleurs, militaires en campagne),
états de stress, états de malnutrition
Les facteurs immunologiques sont primordiaux. L'immunité systémique
(ici, de la muqueuse intestinale) joue un rôle important. Des IgA, IgG
et IgM ont pu être décelés en grandes quantités dans
les plaques de Peyer chez des sujets infectés. Les macrophages activés
par l'IFNg parviennnent à tuer les trophozoïtes de E. histolytica
in vitro. On a pu démontrer le rôle primordial que jouent les lymphocytes
T dans la protection immune en produisant, par injection intra-intestinale d'amibes,
des abcès de foie chez la totalité des souris ayant une immunodépression
sévère (seulement 10 p.100 des souris témoins immunocompétentes
ont développé cette pathologie au niveau du foie).
De son côté, l'amibe ne reste pas inactive: elle sécrète
un facteur qui immobilise les monocytes (mais pas les polynucléaires
neutrophiles) et qui bloque, chez le macrophage, la libération doxygène
libre.
5.3 FACTEURS LIES AU PARASITE
La pathogénicité de E. histolytica varie d'après
la région géographique et même d'un cas à l'autre.
Certains patients présentent en effet une dysenterie explosive, d'autres
des diarrhées rebelles sans présence de sang dans les selles,
d'autres encore subissent d'emblée une invasion du parenchyme hépatique
ou d'autres localisations extra-intestinales. Certains éliminent des
kystes sans présenter de symptômes.
Reconnaissance des amibes pathogènes ou non pathogènes
Morphologie
La morphologie dE. histolytica est très proche de celle
damibes non pathogènes élévées au rang despèce:
E. hartmanni, E. polecki
(voir chapitre 6). Leurs trophozoïtes
sont semblables à ceux dE. histolytica mais ne présentent
jamais de globules rouges dans leur endoplasme. En ce qui concerne les kystes,
un examen microscopique minutieux peut mettre en évidence de petites
différences: la taille des kystes de E. hartmanni est comprise
entre 6 et 8 µm alors que les kystes de E. histolytica dépassent
10 µm de diamètre. La structure nucléaire des kystes (4
noyaux) diffère sensiblement de E. histolytica: les amas
de chromatine sur la membrane nucléaire sont plus gros et moins nombreux.
Le rapport taille noyaux/taille du kyste est plus petit pour E. hartmanni
que pour E. histolytica.
Chez E. polecki il y a une fréquence particulière de kystes
à 1 noyau, comme si le stade de kyste jeune durait plus longtemps. On
note également des condensations cytoplasmiques régionales et
des inclusions plus nombreuses que chez les autres races ou espèces.
Des auteurs ont cultivé et décrit des amibes non pathogènes
en les considérant comme des "races" ou des "souches"
non pathogènes de E. histolytica: souche Laredo, souche
Huff etc
Elles sont actuellement reconnues comme zymodèmes
non pathogènes de E. histolytica et viennent (1993) de recevoir
le statut d'espèce séparée: E. dispar (voir chapitre
6).
| Remarque importante. Il est impossible de faire, en routine, la distinction entre un porteur asymptomatique d'une souche pathogène et un porteur de souche non pathogène. Les techniques modernes danalyse biochimique, immunologique et génétique pourraient donner ce renseignement. |
Pouvoir pathogène expérimental
Pour mesurer la virulence de cultures axéniques d'E. histolytica,
on peut recourir à des techniques in vivo (inoculation intracérébrale
au souriceau nouveau-né ou intrahépatique au hamster nouveau-né)
ou mieux, à des techniques in vitro: les amibes sont introduites dans
des cultures cellulaires (monolayers) où elles ont l'occasion
de montrer leur action lytique sur les cellules.
Caractères culturaux
La culture polyxénique de E. histolytica n'est possible qu'à
la température de 37 °C, tandis que les souches non pathogènes
peuvent se cultiver indifféremment entre 20°C et 37°C.
Isoenzymes
L'électrophorèse des isoenzymes (peptidase, acétylglutaminidase,
phosphoglucomutase, aldolase, NADP diaphorase, hexokinase), citée comme
critère de taxinomie, a permis de classer les isolats de E. histolytica
en une vingtaine de zymodèmes différents dont 9 seulement font
preuve de pathogénicité.
Antigènes
La virulence d'une souche de E. histolytica semble liée à
des propriétés de la surface de ses trophozoïtes: la présence
de glycoprotéines antigéniques intactes accélère
l'activité de phagocytose de l'amibe; ces antigènes sont actuellement
reconnus utiles comme critère d'identification d'une souche (lectine
d'adhérence au galactose, certains antigènes de poids moléculaire
connu: 96 kDa, 29-30 kDa, 81-84 kDa
). Ces protéines antigéniques
peuvent être reconnues par des anticorps monoclonaux dirigés contre
elles.
Caractères génomiques
L'analyse, encore assez grossière, du génome
a montré une grande variation parmi les amibes du groupe histolytica
(avec kystes à 4 noyaux). On a retrouvé des génomes différents
(nombre et taille des gènes codant pour lactine, caryotype moléculaire)
dans une série de souches de E. histolytica pourtant considérées
morphologiquement et pathologiquement comme "orthodoxes ".
L'analyse de souches de Entamoeba semblables à histolytica("histolytica-like",
regroupant E. dispar et E. hartmanni) a montré la même
diversité.
Actuellement, des sondes nucléiques marquées permettent d'identifier
les souches pathogènes. La réaction d'amplification de séquence
(PCR) est également utilisée pour leur reconnaissance.
Mécanismes de virulence (études expérimentales)
Attachement
Un contact de quelques minutes avec la membrane externe de l'amibe suffit à
produire, chez une cellule de culture, des crevasses dans la membrane externe
qui conduisent à son détachement du support et à sa destruction.
Des protéases provoqueraient la transformation sphérique de la
cellule et des collagénases endommageraient la matrice extracellulaire,
isolant ainsi la cellule de ses voisines. L'étape de la reconnaissance
par l'amibe de la cellule agressée (sous la dépendance de lectines
reconnaissant la galactosamine de la cellule épithéliale) est
suivie d'une phase d'attachement avec disparition des microvillosités
de la cellule épithéliale puis de modifications létales.
Action lytique
Les protéinases de l'amibe (27 - 29 kDa) dégradent le tissu collagène,
la laminine et la fibronectine dans les cultures cellulaires. Elles sont inhibées
expérimentalement par des anticorps antiprotéinases qui protègent
les cellules contre l'agression amibienne. Une protéinase-cystéine
(histolysaïne) semble être la fraction enzymatique de loin la plus
importante de l'appareil histolytique de l'amibe. L'histolysaïne, qui n'est
présente que chez les souches pathogènes, induit la fabrication
d'anticorps chez le sujet infecté et a pu servir d'antigène pour
un test ELISA à visée diagnostique (Enzymeba test). Il faut noter
que dans les modèles in vitro, il suffit d'ajouter aux cultures de cellules
un extrait acellulaire de E. histolytica pour démontrer une action
cytopathogène. Ces toxines amibiennes, sans doute des protéinases,
ont un effet agglutinant sur les cellules de mammifères et induisent
une synthèse d'anticorps IgG chez des patients atteints d'amibiase invasive.
Enfin, par leurs mouvements (pseudopodes), les amibes sont aussi à même
de détacher mécaniquement les cellules épithéliales
de leur support.
Les phénomènes décrits ci-dessus précèdent
et facilitent la phagocytose de la cellule cible et sa destruction intracytoplasmique
chez l'amibe.
Néanmoins, in vivo, on n'a pas pu démontrer jusqu'ici d'effet
lytique direct des amibes sur les tissus de lhôte. La nécrose
résulterait plutôt de l'accumulation puis de la destruction des
cellules inflammatoires au contact des amibes. Les amibes pathogènes
sont capables de lyser ou de phagocyter les neutrophiles, éosinophiles,
monocytes sanguins et macrophages non activés. Les lésions du
tissu hépatique seraient provoquées plus par la lyse secondaire
des cellules inflammatoires que par l'action directe de l'amibe. Les macrophages
activés peuvent, en revanche, tuer les trophozoïtes, d'où
la protection immune au niveau de l'invasion de la muqueuse intestinale.
Phagocytose
Son intensité est proportionnelle à la pathogénicité
des trophozoïtes. L'érythro-phagocytose accélérée
est un marqueur fidèle de pathogénicité. La libération
de toxines et d'enzymes à la surface de l'amibe saccompagne dun
accroissement de sa mobilité et dune accélération
de la digestion des vacuoles alimentaires.
Problème de la stabilité de la virulence des souches
Une vingtaine de zymodèmes, nous lavons vu, ont été
décrits à travers le monde, 9 liés à un pouvoir
pathogène (isolés chez des sujets avec manifestations invasives),
les autres provenant toujours de porteurs asymptomatiques.
En ce qui concerne la stabilité du zymogramme, les avis divergent: il
est fixe pour certains (Sargeaunt), labile pour dautres (Mirelman). Les
arguments sont les suivants:
Pour la conservation du zymogramme
- dans un même intestin, il arrive de trouver simultanément plusieurs
zymodèmes de souches non pathogènes et un seul zymodème
de souche pathogène;
- les zymodèmes restent inchangés au cours du cycle et en culture;
- les zymogrammes des isolats réalisés à partir d'abcès
du foie sont homogènes;
- il y a correspondance de virulence chez le cobaye suivant le zymodème,
pathogène ou non;
- le suivi de porteurs asymptomatiques de zymodèmes pathogènes
a montré la survenue d'épisodes symptomatiques.
Pour le changement de zymogramme
L'unique observation de la conversion du zymogramme d'isolats de souches de
E. histolytica entretenues en culture n'a pas pu être confirmée
(constatation de l'apparition de zymogrammes nouveaux, issus de 2 clones à
zymogramme connu cultivés ensemble). Elle aboutissait à l'hypothèse
de l'existence de recombinaisons génétiques par échange
de matériel nucléaire entre souches.
Si les zymodèmes sont stables, on est en présence de deux types
différents de E. histolytica:
- un type non pathogène (E. dispar ) dont les porteurs asymptomatiques
se débarrassent en moins de un an;
- un type pathogène (E. histolytica ) dont les porteurs peuvent
développer à tout moment une amibiase invasive.
Si les zymodèmes ne sont pas stables au cours du temps (hautement improbable
à la lumière des observations récentes), on se trouve en
présence d'un seul type de E. histolytica à potentialité
pathogène dont les variations pourraient être dues à la
receptivité particulière du porteur, le contact avec des bactéries,
les conditions physico-chimiques prévalant dans le tube digestif