Pneumaturie

Diagnostic différentiel des pneumaturies
- Fistules entéro-vésicales
- Cystites emphysémateuses
Fistules entéro-vésicales
- inflammatoires (60%): sigmoïdites diverticulaires,
iléites terminales
- tumorales (25%):
- cancer du colon le plus souvent en cause (15 à
18%)
- cancer génital de la femme (2 à 3%)
- tumeur vésicale (5%)
- postopératoires (15%)
Anatomie
- au niveau de la calotte vésicale (où reposent
l'iléon ou le sigmoïde inflammatoire)
- en cas d'étiologie néoplasique: au niveau de
la face postérieure
- zone pathologique de la fistule entourée d'une zone
inflammatoire qui peut faire surestimer le degré d'altération
vésicale.
Physiopathologie
- fistule presque exclusivement dans le sens intestins-vessie
- passage est souvent intermittent
Diagnostic clinique
- Peut se manifester de façon brutale:
- cystite aiguë,
- pollakiurie intense,
- fièvre élevée,
- pyurie abondante,
- pneumaturie et fécalurie.
- Parfois progressif: troubles urinaires, digestifs pendant
plusieurs semaines
- Quand fistule est installée:
- pneumaturie:
- émission de gaz lors des mictions (sensation
d'uriner de l'eau gazeuse)
- retrouvé dans 95% des cas
- fécalurie:
- pathognomonique mais beaucoup moins constant
- 40% des cas
- rare: Emission d'urine par le rectum. (8%)
- signes accompagnateurs:
- dysurie
- pollakiurie
- troubles digestifs à type de constipation et de
diarrhées.
Examens complémentaires
- AUS: niveau aérique
dans la vessie (rare)
- UIV, clichés de sécrétion:
apprécier le retentissement de l'infection sur le haut appareil (pathologique
dans 18% des cas)
- Cystoscopie: aspect dépend
de l'étiologie ou du stade évolutif
- causes tumorales: plage tumorale indurée, nécrotique,
muqueuse infiltrée
- causes inflammatoires: lésions plus discrètes
- œdème, rougeur de la muqueuse
- muqueuse périphérique saine
- normale dans 20% des cas
- Cystographie rétrograde:
- opacifie la fistule dans 10% des cas
- individualisation d'un croissant gazeux au-dessus de la
colonne opaque
- encoche sur le bord supérieur de la vessie, témoin
de l'empreinte sigmoïdienne sur la calotte
- fixité du dôme vésical contrastant
avec la souplesse de la paroi antérieure de la vessie
- Lavement baryté:
- objective les lésions coliques (sigmoïdite
diverticulaire, cancer…)
- mise en évidence de la fistule colo-vésicale
est inconstante (20 à 30% des cas)
- Transit grêle: si suspicion
d’une iléite terminale
- Coloscopie: DD entre sigmoïdite
et cancer
Traitement : selon nature étiologique
de la fistule
- sigmoïdite diverticulaire:
- résection colique segmentaire + rétablissement
immédiat de la continuité
- abcès péricolique: protéger la suture
colique par une colostomie d'amont
- traitement médical seul (antiseptiques urinaires
et intestinaux) parfois indiqué (fistule bien tolérée,
sujets âgés, fatigués où l'intervention serait
trop risquée)
- fistules par iléite terminale:
- résection des anses pathologiques + anastomose
immédiate
- fermeture de la brèche vésicale
- sonde à demeure 10j
- fistules par cancer colique:
- lésions inextirpables: dérivation colique
- lésions accessibles à la chirurgie: colectomie
± protégée par une colostomie et une cystectomie
partielle
- examen histologique extempo => limiter sacrifice vésical
(car l'infiltration autour de la fistule peut ne pas être tumoral
mais inflammatoire)
- fistules sur cancer de vessie extirpable: cystectomie totale
+ résection de l'intestin envahi et dérivation des urines
Évolution
- fistules inflammatoires et postopératoires:
- 75% des cas
- guérison après traitement
- fistule néoplasique:
- pronostic défavorable
- envahissement vésical témoigne d'un stade
très avancé du cancer
Cystites emphysémateuses
Généralités
- rare et peu décrite dans la littérature
- M/F= 1/2
- FR:diabète
- parfois association avec une pathologie neurologique ou obstructive
Physiopathologie
- complique une infection urinaire
- production de gaz dans la paroi et dans la lumière
vésicales par les microorganismes
- fermentation anaérobique du glucose présent
soit dans l’urine, soit dans la paroi vésicale.
Physiopathologie
- E. coli
- K. pneumoniae
- Proteus mirabilis
- S. aureus
- Streptococcus sp.
- Nocardia
- Aerobacter
- Clostridium perfringens
- Candida albicans (patients porteurs de cathéters)
Clinique
- symptômes classiques d’infection urinaire: polyurie,
dysurie, urgence mictionnelle
- pneumaturie pas souvent décrite par le patient (un
tiers des cas) et pas pathognomique.
Diagnostic
- AAB: présence de gaz dans la paroi vésicale
- CT-scan abdominal (examen de choix)

- cystocopie: confirme le diagnostic et recherche d’éventuelles
pathologies de la paroi vésicale
Pronostic
- Le traitement antibiotique et les irrigations vésicales
permettent la résolution
- Habituellement de bon pronostic si diagnostiqué précocement
- Meilleur que dans les pyélonéphrites emphysémateuses
(risque de septicémie)

- Meilleur que dans les prostatites emphysémateuses (6-30%
de mortalité)

Dr S. Bettens - Février 2004