Myelodysplasie
Dr E. Van Den Neste

Syndromes myélodysplasiques (SMD)
- Comment faire le diagnostic d’un SMD ?
- Connaît-on la cause des SMD ?
- Quelle est la physiopathologie des SMD ?
- Peut-on prédire le devenir d’un patient ?
- Quel traitement et quand ?
SMD: introduction
- Maladie caractérisée (dans sa forme la plus fréquente) par des cytopénies sanguines d’origine centrale, découvertes au hasard d’un hémogramme ou à cause de symptômes
Quels sont les symptômes possibles ?
| Anémie | Neutropénie | Thrombopénie |
| | | |
| Fatigue | Infections à | Saignements |
| Angor | - BG nég. | - cutanéomuqueux |
| Décompensation | - levures | - viscéraux |
| cardiaque | - ... | |
| Infarctus... | | |
Comment diagnostiquer les SMD ?
1. numération formule sanguine
- 90 % des SMD: anémie normochrome/macrocytaire
- Arégénérative (réticulocytes bas)
- anisocytose, poïkilocytose, erythroblastes
- 30 % des SMD: neutropénie ± sévère
- dégranulation, hyposegmentation de pseudo-Pelger
- 30 % des SMD: thrombopénie
- plaquettes géantes, micromégacaryocytes
- rarement: hyperleucocytose (LMMC)
- rarement: hyperplaquettose (ARSI 5q-)
2. le myélogramme
- Cellularité normale/augmentée
- Dysmyélopoïèse: anomalies morphologiques des éléments matures des lignées myéloïdes
- dysérythropoïèse (multinucléation, ponctuations basophiles…)
- dysgranulopoïèse (hyposegmentation, hypogranularité…)
- dysmégacaryopoïèse (micromégas, pluri-/hypo-nucléation…)
- Blastose
- < 5 % : anémie réfractaire (AR) ± sidéroblastes (ARSI)
- 5 - 20 % : AR avec excès de blastes (AREB)
- 20 - 30 % : AREB en transformation (AREBt) ou LMA
Anémie réfractaire avec sidéroblastes en couronne

Diagnostic différentiel
- Conditions associées à des signes de dysmyélopoïèse
- carence B12/folates (mégaloblastose)
- médicaments: INH, chloramphénicol, cytostatiques (la majorité, dont Imuran®)
- maladies infectieuses, inflammatoires, plomb, alcool
- Conditions associées à une cytopénie
- Formes rares de SMD
- SMD hypoplasique vs aplasie médullaire
- SMD avec fibrose vs myélofibrose
- LMMC vs syndromes myéloprolifératifs
«Toxiques» impliqués dans l’étiologie des SMD
- Antimitotiques, surtout les alkylants
- faible dose/continu > forte dose/discontinu
- melphalan > busulfan > endoxan
- surtout MOPP (7 % de tSMD/LMA : 1 % sans MP)
- Benzène et dérivés
- solvants (chaussure, caoutchouc…)
- essences sans plomb (pompistes, garagistes…)
- Autres produits industriels ou agricoles
- Tabac
- Radiations ionisantes, autogreffe...
Dans les SMD, il y a une cytopénie périphérique qui porte sur une à trois lignée(s). L’examen médullaire montre des signes de dysplasie avec une cellularité normale, voire augmentée.
Comment expliquer le contraste moelle riche - cytopénie ?
- Il y a prolifération excessive de précurseurs qui commencent à se différencier, mais les cellules formées «avortent»
Physiopathologie des SMD
- Dans les SMD, il y a prolifération clonale de la lignée myéloïde
- toutes les cellules issues d’une même «cellule-mère»
- Cette prolifération est de nature néoplasique
- présence d’anomalies cytogénétiques (50 % des SMD, 90 % des tSMD)
- Les anomalies génétiques à l’origine des SMD restent mal connues. Certaines anomalies moléculaires ont toutefois été démontrées
- anomalies des récepteurs de surface ou des voies de transduction du signal, inactivation des gènes suppresseurs de tumeurs
Physiopathologie des SMDstades précoces (AR, ARSI)
- Les anomalies génétiques donnent un avantage de survie au clone: prolifération de précurseurs
- Ces précurseurs meurent massivement par apoptose
- causes intrinsèques (protéines de l’apoptose)
- causes extrinsèques (TNFa, lymphocytes T cytotoxiques…)
- Il y a donc à la fois prolifération et mort cellulaire
- tableau d’HEMATOPOÏESE INEFFICACE qui rend compte des cytopénies périphériques
Physiopathologie des SMDstades tardifs (AREB, AREBt)
- Avec le temps, il y a acquisition de nouvelles anomalies moléculaires (ex: mutation de p53) qui conduisent à l’inhibition des voies de l’apoptose
- Des précurseurs (blastes) «immortels» émergent et peuvent s’accumuler
- il y a TRANSFORMATION LEUCEMIQUE
Physiopathologie des SMD

Comment déterminer le risque évolutif des SMD ?
3 facteurs pronostiques essentiels
- Blastose médullaire
- en %: < 5 , 5 - 10, 11 - 20, 21 - 30
- Le nombre et l’importance des cytopénies
- PMN < 1800/mm, Hb < 10 g/dL, PS < 100.000/mm
- Les anomalies cytogénétiques
- favorable: normal ou 5q-, 20q-, -Y isolées
- intermédiaire: les autres anomalies
- défavorable: -7, +8, anomalies complexes (>= 3)
SMD: choix du traitement
- Le seul traitement véritablement curatif connu est l’allogreffe de moelle
- Elle est à conseiller aux patients jeunes car leur survie est inacceptable (quel que soit leur score pronostique)
- Réservée aux patients qui ont un donneur HLA-ident.
- familial
- non aparenté (fichier de donneurs volontaires)
- Il y a une limite d’âge (traitement très lourd)
- Seulement 20 % des SMD < 50 ans
- La majorité des patients: trop âgés ou pas de donneur compatible
- Les scores pronostiques nous permettent de prédire la survie probable d’un patient donné
- En fonction de ce score, de l’état général du patient et de ses espérances, on opte pour:
- une chimiothérapie intensive ± autogreffe: ± 50 % de RC
- une chimiothérapie à «faible dose»
- un traitement qui vise à corriger les cytopénies
- un support purement palliatif (transfusions)
Facteurs de croissance et SMD
- EPO: baisse de transfusions chez 10-20 %, surtout si:
- forte dose (> 10.000 UI x 3/sem)
- EPO endogène bas
- peu transfusé au départ
- association à G-CSF
- G-(GM-)CSF:
- efficace en cas d’infection
- Thrombopoïétine:
Chélation du fer
- Risque d’hémochromatose secondaire (AR, ARSI) dès que le stock de fer >= 20 g (1 U GRc= …fer)
- Surcharge évaluable par
- mesure ferritine (peu sensible/spécifique)
- fer intrahépatique (peu pratique)
- comptage nombre de poches transfusées
- Desféroxamine (en SC prolongé/bolus, en IV)
Résumé
- Les SMD sont des affections de la MO le plus souvent de cause inconnue, où les précurseurs meurent par «avortement intramédullaire»
- Il en résulte des cytopénies contrastant avec une moelle riche, où les précurseurs sont morphologiquement anormaux (dysmyélopoïèse)
- Les SMD évoluent fréquemment en LMA
- Ils prédominent chez le sujet âgé
- Le traitement est dans l’ensemble décevant, sauf si une chimio intensive ou une allogreffe est possible (minorité des patients).
Dr. E. Van Den Neste - Prof. M. Lambert - Février 2003
